Enfant comptant avec frise numérique

Mon enfant compte jusqu’à 50 en maternelle : est-il vraiment en avance ?

Un enfant qui compte jusqu'à 50 en maternelle est-il en avance ?

En fin de maternelle, certains enfants sont capables de compter jusqu’à 30, 50 voire même 100. Cela impressionne souvent les parents, et peut susciter des interrogations.

Est ce qu’un enfant qui compte jusqu’à 50 en maternelle est réellement en avance ? Ou est-ce simplement une étape normale dans l’apprentissage des nombres ?

Pour répondre à cette question, il faut comprendre ce que signifie réellement « savoir compter » en maternelle, et ce que les enfants apprennent vraiment sur les nombres à cet âge.

Enfant comptant sur ses doigts

Un enfant qui compte jusqu’à 50 en maternelle n’est pas forcément en avance. Beaucoup d’enfants mémorisent simplement la suite des nombres comme une comptine. En fin de grande section, ce qui compte surtout est la compréhension des quantités jusqu’à 10 : comparer, distribuer, résoudre de petits problèmes et associer un nombre à une quantité.

Compter jusqu'à 50 : ce que cela signifie vraiment

On a tendance à utiliser ce verbe « compter » à tort et à raison… Et parfois il n’est pas celui qui conviendrait le mieux.

La suite des nombres peut être apprise comme une comptine

Beaucoup d’enfants apprennent la suite numérique comme une chanson : 1, 2, 3, 4, 5…

C’est ce qu’on appelle la comptine numérique, une liste de nombres mémorisée dans l’ordre.

Certains comptent de cette façon très tôt, notamment jusqu’à 3 ou 10. Cela ne signifie pas qu’il sont forcément plus doués que les autres. En effet, ils mémorisent une phrase, une petite chanson, qui est souvent répétée. Il n’est pas rare de compter jusqu’à 3 ou 10 au quotidien, et l’enfant s’en imprègne. 

Par exemple : « 1, 2, 3 partez ! » lorsqu’on fait la course, « je compte jusqu’à 10 et j’arrive » quand on joue à cache-cache, voire même le fameux « à 3 je me fâche ».

Réciter la suite des nombres ne signifie pas comprendre les nombres

Un enfant, parce que vous l’y avez entraîné ou qu’il a entendu les plus grands le faire, ou un jeu, peut réciter jusqu’à 50 mais ne pas réussir à : donner 5 objets, comparer 6 et 8, dire combien il manque.

Cette différence entre récitation et compréhension est bien connue en didactique. En gros, il a une trousse bien garnie mais ne sait pas utiliser ce qu’elle contient. Ceci dit, rien d’inquiétant, ça s’apprend.

Ce que disent les programmes officiels de l'Éducation nationale

Pour clarifier un peu la situation, je pense qu’il est nécessaire de faire le point sur le niveau attendu en maternelle, d’après les instructions officielles.

Le domaine « enseignement pour l’acquisition des premiers outils mathématiques » est structuré en cinq thématique dont deux concernent le nombre : « découvrir les nombres » et « utiliser les nombres pour résoudre des problèmes ».

L'objectif principal : comprendre les quantités jusqu'à 10

Dans la thématique « découvrir les nombres », il s’agit de construire le concept de nombre comme expression d’une quantité mais également d’une position.

En pratique, les élèves apprennent à :

  • Exprimer une quantité par un nombre :
    • Reconnaître et réaliser des collections de 10 objets (ou plus), variés dans leur nature et leur organisation ;
    • Ajouter ou retirer un élément de la collection et être capable de dire combien d’éléments elle comporte ;
    • Dénombrer une collection efficacement jusqu’à 10 (ou plus) ; 
    • Comparer des quantités ; 
    • Composer et décomposer des nombres jusqu’à 10 (ou plus) ; 
    • Surcompter ; 
    • Associer une quantité, le nom d’un nombre et son écriture chiffrée ; 
    • Écrire en chiffres les nombres de 1 à 10 ; 
    • Connaître et utiliser la suite des nombres jusqu’à 30.
  • Exprimer un rang ou une position par un nombre
    • Comprendre la notion de rang ;
    • Déterminer une position et l’effet d’un déplacement donné sur celle-ci ;
    • Associer les nombres à leurs diverses représentations, jusqu’à 10.

Pourquoi jusqu’à 10 ? Parce que c’est la base de notre système de numération. Ce que l’enfant maîtrise avec 10, il pourra le transposer à 20, 30, 40, … 100 et au-delà. 

La récitation de la comptine numérique n’est qu’un élément parmi une multitude d’autres.

Un enjeu de taille : Utiliser les nombres pour résoudre des problèmes

L’autre grande partie du domaine mathématique en maternelle, c’est l’utilisation de ces nombres. Pour cela, les enfants apprennent à : 

 

  • Rechercher le tout ou une partie dans un problème de parties-tout ;
  • Rechercher la valeur d’une part dans un problème de partage équitable ;
  • Trouver une position finale à partir d’une position initiale et d’un déplacement ;
  • Déterminer la quantité d’objets ayant été ajoutée ou retirée à une collection à partir de ses quantités initiale et finale.

Pourquoi certains enfants comptent très loin

La précocité est une raison possible pour expliquer que des enfants parviennent à compter très loin, mais elle n’est pas la seule. 

L'exposition aux nombres dans l'environnement

Très logiquement, on connaît ce à quoi on est exposé, on performe dans ce que l’on a l’occasion de pratiquer. La connaissance de la comptine numérique ne fait pas exception. Aussi, certains enfants apprennent la suite numérique grâce :

  • aux jeux, 
  • aux chansons,
  • aux frères et sœurs,
  • aux vidéos.

Une bonne mémoire verbale

La suite des nombres est une séquence linguistique, un peu comme l’alphabet. Certains enfants la mémorisent très facilement. 

Souvent, le premier cap atteint, c’est 3. Le second, c’est 10. Ensuite, certains enfants peuvent mettre du temps à acquérir le passage 11-16. La difficulté, c’est que pour compter jusqu’à 16, ce n’est que du par cœur et que les enfants ne peuvent s’appuyer sur aucune logique. En revanche, une fois 20 atteint, il n’est pas rare que la suite arrive plus rapidement, notamment une fois qu’ils ont compris la construction de la suite, toujours identique. La difficulté réside alors dans la mémorisation des noms des dizaines.

 

Les compétences vraiment importantes en maternelle

Pour reprendre ce sur quoi insistent à la fois les pédagogues et les instructions officielles, l’important c’est de donner du sens aux nombres. La bonne nouvelle, c’est que cela se fait grâce aux situations vécues, notamment dans la vie quotidienne et dans les jeux.

Comprendre la quantité représentée par un nombre

Pour vous, c’est une évidence, mais pas encore pour votre enfant. Un simple mot comme “trois”, si je parles de petites voitures par exemple, ne désigne pas seulement sur laquelle je dis le mot “trois” quand je les compte, mais aussi les deux autres. Ce mot “trois”, désigne l’ensemble des voitures comptées. Il désigne une et une et encore une voiture. Ça a l’air de rien comme ça, et pourtant. Pour aider votre enfant, multipliez les situations dans lesquelles vous avez besoin de dénombrer une quantité. Quand vous lui donnez deux biscuits, trois petits jouets pour le bain, peu importe. 

Un conseil : pensez à répéter le dernier mot du comptage pour le désigner comme celui de la quantité. 

Par exemple : 1, 2, 3 (en les déplaçant une à une légèrement), il y a 3 balles (en désignant la collection).

Comparer, ajouter ou enlever des quantités

En même temps que l’enfant acquiert cette compréhension du nombre, il apprend à comparer les quantités. Pour cela, les activités de maternelle cherchent à faire comprendre :

  • plus / moins / autant 

Jeux dans lesquels il faut récupérer le plus d’objets et comparer pour savoir qui gagne : situations de distribution.

  • ajouter / retirer

Et maintenant, ça fait combien ?

  • compléter une collection

Dans une situation de manque, ajouter les objets nécessaire pour atteindre la quantité demandée ou que la collection contienne autant qu’une autre. 

Ces situations permettent de construire le sens du nombre.

Compter loin n'est pas forcément être en avance

Un enfant peut compter jusqu'à 50 sans comprendre les nombres. Le plus important est le sens du nombre. Les programmes insistent surtout sur : les quantités (1, 2, 3, il y en a 3), les comparaisons (plus, moins, autant), les décompositions (6 c’est 5 et encore 1, mais aussi 2 et 4, 3 et 3, 4 et 2, 1 et 5). Chaque enfant progresse à son rythme : Comme pour tous les autres domaines, chaque enfant acquiert la maîtrise de la suite numérique et la compréhension de la notion de nombre petit à petit. Cet apprentissage se fait au fil des situations. Et ne perdez pas de vue qu’à son âge, il cumule les apprentissages, il peut très bien avancer plus vite d’un côté que de l’autre. Il n’est pas question de savoir s’il a ou non la bosse des maths, mais de lui offrir l’occasion de développer son esprit mathématique. La maternelle pose ainsi les bases qui seront consolidées au CP.

Comment savoir si un enfant comprend vraiment les nombres

Pour toujours accompagner au mieux votre enfant, le suivre dans ses apprentissages, il est essentiel de vérifier régulièrement sa compréhension des nombres.

Quelques petits jeux révélateurs

Régulièrement, dans des tâches quotidiennes ou des situations de jeu, vous avez l’occasion d’amener votre enfant à manipuler les nombres. Au moment de préparer le goûter, de mettre la table, de distribuer les cartes, de compter les points, les crayons, les légumes pour préparer la soupe, les oeufs du gâteau, vous n’avez que l’embarras du choix.

Par exemple :

  • “Peux-tu me donner 6 billes / 3 oeufs / 2 poireaux / 8 pommes de terre / 4 cartes à chacun ?”
  • “Qui a le plus de cubes / de papillons / de cartes / de balles ?”, “Qui en a le moins ?”, “Qui gagne ?”, “Qui perd ?
  • “Si j’en prends un, combien en reste-t-il ?”, “Si je t’en donne un de plus, combien en as-tu ?”, “Moi j’en ai 1, toi tu en as 2, ensemble (notre équipe) on en a combien ?”

Les vrais signes d'une bonne compréhension

Une fois que vous avez identifié les situations exploitables et posé vos questions, il est nécessaire de connaître les signes d’une compréhension du nombre. Une bonne ou mauvaise réponse n’est pas une preuve suffisante. Il peut tout à fait vous donner la bonne réponse au hasard, ou se tromper malencontreusement. Souvent une seule question supplémentaire peut suffire à éclaircir la situation : “Tu es sûr.e ?”, “Comment tu le sais ?”, “Pourquoi ?”.

Un enfant qui comprend le nombre peut :

  • corriger une erreur de comptage,
  • expliquer comment il a trouvé,
  • vérifier une quantité.

Petite activité à faire à la maison

Voici un petit jeu simple : Demandez à votre enfant :  Peux-tu me donner 5 objets? Qui a le plus de cubes? Si j’en enlève un, combien en reste-t-il? Ces situations permettent de voir si l’enfant comprend vraiment les nombres.

Faut-il stimuler un enfant qui aime compter ?

Oui, si c’est son plaisir. Suivez-le et offrez-lui des occasions de faire ce qu’il aime, au même titre que s’il aime faire du vélo, bricoler, tricoter, raconter des histoires, dessiner, jouer aux Lego. Ceci dit, il a sans doute encore plus besoin d’être stimulé s’il n’aime pas ça. Encouragez le, accompagnez le, multipliez les occasions et soulignez l’intérêt.

Les activités utiles

Si votre enfant aime compter, il trouvera lui même des occasions (parfois insoupçonnées) de le faire. En revanche, s’il ne montre pas d’intérêt particulier, à vous de jouer. Vous pouvez ainsi privilégier :

  • les jeux de société,
  • la cuisine (Envoyez-le chercher les ingrédients.)
  • les jeux de marchande (Vous pouvez préparer des listes de courses, passer commande, vous tromper en livrant.),
  • les jeux de construction (Avec les briques en bois : préparer par exemple quelques photos de construction à reproduire en prenant soin d’indiquer le nombre de pièces nécessaire dans un coin.).

Ce qui compte vraiment

Vous l’aurez compris, en maternelle, l’objectif n’est pas la performance mais la mise en situation qui seule permet la compréhension.

À cette fin, ce qui aide le plus les enfants est : manipuler, comparer, résoudre des petits problèmes.

Enfant comptant des pièces

Si votre enfant compte jusqu’à 50 en maternelle, c’est bien. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Compter loin n’est qu’un élément de ce qui est attendu en maths en maternelle, et ce n’est pas l’essentiel. Le plus important, c’est qu’il comprenne les nombres et c’est en lui permettant de les manipuler, de les utiliser au quotidien, que vous l’aiderez à y parvenir.

FAQ - Les questions fréquentes des parents :

Voici quelques-unes des questions que l’on me pose le plus souvent à ce sujet. N’hésitez pas à me faire part des vôtres, j’y répondrai avec plaisir.

À quel âge un enfant doit-il savoir compter ?

Le terme compter traduit plusieurs réalités : réciter la suite des nombres, dénombrer, calculer. Compter ce n’est pas seulement l’un ou l’autre, c’est l’ensemble et il s’agit d’un apprentissage complexe. En maternelle, les enfants apprennent donc progressivement d’une part à réciter la suite numérique et à la manipuler, en même temps qu’ils comprennent les quantités, pour ensuite être capable de calculer. L’objectif en fin de maternelle est surtout de maîtriser les nombres jusqu’à 10 et de réciter leur suite jusqu’à 30 environ.

Est-ce grave si mon enfant ne compte pas jusqu'à 10 en grande section ?

Non. Ne perdez pas de vue que ce qui est le plus important, c’est la compréhension du nombre : dénombrer une quantité, savoir donner une quantité demandée, comparer des collections ou résoudre de petits problèmes. 

Il faut savoir que la zone de la comptine numérique la plus difficile à apprendre est le début, jusqu’à 16 puisqu’il ne s’agit que d’apprendre par cœur. Ensuite, lorsque l’enfant a compris le sens du nombre et observé la construction de la comptine numérique, l’apprentissage peut être très rapide.

Mon enfant compte jusqu'à 100 : est-il précoce ?

Pas forcément. Beaucoup d’enfants mémorisent la suite des nombres comme une comptine. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils comprennent les quantités ou les relations entre les nombres. 

Cela peut-être un indice s’il est accompagné d’autres faits caractéristiques : il produit des collections nombreuses, ajoute, retranche, partage… et tant d’autres actes complexes.

Comment aider mon enfants à comprendre les nombres ?

Déjà, pas de pression inutile, il s’agit d’un apprentissage complexe qui peut nécessiter du temps, et de la patience. Ensuite, ne le faites pas “travailler”, pas faire de fiches d’exercices. Les activités les plus efficaces sont celles qui passent par la manipulation et le jeu : jeux de société, jeux de marchande, partage d’objets en situation (au moment du goûter par exemple, ou bien de cartes, des personnages), cuisine.

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